En Haïti, un séisme de magnitude 7,2 fait au moins 304 morts

15 août 2021 à 01h54

Le bilan est encore provisoire. Le premier ministre, Ariel Henry, a décrété l’état d’urgence pour un mois et annoncé qu’il se rendrait sur place au cours des prochaines heures.

Un séisme de magnitude 7,2 a secoué Haïti samedi 14 août au matin, à 8 h 29, heure locale (14 h 29, heure de Paris), selon le Centre américain de sismologie (USGS). Une alerte au tsunami a été émise peu après, avant d’être rapidement levée. La région a ensuite été touchée par une réplique de magnitude 5,8, selon l’USGC. L’impact de ce nouveau séisme n’était pas immédiatement clair.

Le bilan reste difficile à établir après la catastrophe. Selon la protection civile haïtienne, au moins 304 personnes sont mortes. « Nous avons enregistré 160 décès dans le Sud, 42 dans les Nippes, 100 dans la Grand Anse et deux dans le Nord-Ouest », a annoncé le directeur de la protection civile Jerry Chandler en donnant le détail du bilan par département lors d’un point de presse samedi soir.

Plus de 1 800 personnes ont été blessées lors du séisme et les rares hôpitaux existant dans les régions affectées peinent déjà à fournir les soins d’urgence. Samedi après-midi, le directeur de la protection civile Jerry Chandler a annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’au moins trois centres hospitaliers, dans les communes de Pestel, Corailles et Roseaux, étaient saturés.

Des policiers mobilisés

« Le gouvernement a décidé ce matin de décréter l’état d’urgence pour un mois suite à cette catastrophe », a déclaré le premier ministre, Ariel Henry, appelant la population « à la solidarité » et à ne pas céder à la panique. M. Henry doit se rendre sur place avec les autorités compétentes dans les prochaines heures, afin « d’évaluer la situation dans son ensemble ».

Du personnel et des médicaments ont déjà été acheminés par le ministère de la santé vers la péninsule sud-ouest mais la logistique d’urgence est mise en péril par l’insécurité structurelle qui mine Haïti depuis des mois.

Sur un peu plus de deux kilomètres, l’unique route reliant la capitale à la moitié sud du pays traverse le quartier pauvre de Martissant totalement sous contrôle des gangs armés depuis début juin, empêchant la libre circulation. « Nous savons tous que nous avons un problème sur Martissant. Nous avons décidé que cette voie serait perméable c’est-à-dire qu’il faut que toute l’aide puisse passer » a déclaré le premier ministre Ariel Henry lors d’un point de presse samedi soir.

« La police ainsi que les FAD’H [Forces armées d’Haïti] sont mobilisées et d’autres moyens sont mobilisés afin que cette aide que nous voulons acheminer à nos frères et sœurs en difficulté puisse arriver », a ajouté le chef du gouvernement sans fournir davantage d’explications.

Des centaines d’habitants piégés sous des dalles de béton

Le tremblement de terre s’est produit à 12 km de la ville de Saint-Louis-du-Sud, à 160 km au sud-ouest de la capitale, Port-au-Prince, mais la longue secousse a été ressentie sur l’ensemble du pays. Des dégâts matériels sont déjà enregistrés dans plusieurs villes, selon les images produites par des témoins dans la péninsule sud-ouest de l’île, publiées sur les réseaux sociaux.

Des édifices religieux, des écoles et des habitations se sont effondrés lors du tremblement de terre, piégeant des centaines d’habitants sous des dalles de béton. Sans souvent beaucoup de moyens, les habitants se pressent pour sortir des victimes blessées dans l’effondrement des édifices, un effort salué par les services de la protection civile.

Transfert d’une blessée depuis Les Cayes vers Port-au-Prince en Haïti, le 14 août 2021.

La longue secousse a été ressentie sur l’ensemble du pays. Sur la côte sud, un hôtel de plusieurs étages, baptisé Le Manguier, s’est totalement effondré aux Cayes, troisième ville d’Haïti, piégeant les occupants sous des dalles de béton. Le corps sans vie de l’ancien sénateur haïtien Gabriel Fortuné, propriétaire de l’hôtel, a été retiré des décombres, selon des témoins. Sa mort a été confirmée par le premier ministre.

Les Etats-Unis offrent leur assistance

Comptant plus de 200 000 habitants, l’agglomération de Jérémie a également souffert d’importants dommages dans le centre-ville, constitué principalement d’anciennes maisons de plain-pied. « Le toit de la cathédrale est tombé », a détaillé Job Joseph, un habitant. « La grande rue est bloquée (…). C’est là qu’il y a toute l’activité économique de la ville ». « Les gens sont affolés, les parents sont avec leurs enfants dans les bras et quittent la ville, car il y a des rumeurs de tsunami », a abondé Tamas Jean-Pierre, un autre habitant.

« J’étais à l’intérieur de chez moi quand ça a commencé à secouer, j’étais près d’une vitre et je voyais toutes les choses tomber », a raconté à l’AFP Christella Saint-Hilaire, 21 ans, qui vit près de l’épicentre du séisme. « Un bout de mur est tombé sur mon dos, mais je ne suis pas trop blessée », a-t-elle ajouté. « Plusieurs maisons se sont complètement effondrées. »

Des habitants tentent de secourir des blessés coincés dans les décombres après le séisme, à Les Cayes en Haïti, le 14 août 2021.

Les Etats-Unis ont, de leur côté, offert leur assistance « immédiate », le président américain Joe Biden chargeant la directrice de l’agence américaine d’aide internationale (USAID), Samantha Powers, de coordonner cet effort. Le président Joe Biden a fait part de sa « tristesse » face à la catastrophe.

Le pays le plus pauvre des Amériques garde encore en mémoire le séisme du 12 janvier 2010, qui avait ravagé la capitale et plusieurs villes de province. Plus de 200 000 personnes avaient été tuées, et plus de 300 000 autres avaient été blessées lors de la catastrophe. Plus d’un million et demi d’Haïtiens s’étaient ensuite retrouvés sans logis, plaçant les autorités et la communauté humanitaire internationale devant le défi colossal d’une reconstruction dans un pays sans cadastre ni règles de bâtisse.

Sans parvenir à relever ce défi de reconstruction, Haïti qui est aussi frappé régulièrement par des ouragans, a en dix ans plongé dans une crise sociopolitique aiguë.

Source : Le Monde avec AFP

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